Emmanuel, le sage et l’ambitieux

Il n’y a pas d’emballement, pas de mots au grand galop. A 38 ans, l’ancien réceptionneur-attaquant des Bleus, champion de France avec le TVB en 2013, en a vu des étoiles en vingt ans de carrière pro. Si Martigues occupe aujourd’hui la tête de la LBM (12 victoires – 1 défaite), reformatée en long fleuve de trente combats réguliers pour chacune des onze écuries de la division, Emmanuel Ragondet salue pleinement mais sagement aussi ce premier tiers de saison réussi. Sans cacher l’ambition sous le tapis, tant elle bruisse de plus en plus désormais dans les travées de Julien Olive. Sans verser non plus dans la divine surprise.
Car Martigues ne surgit pas de la cale. Demi-finalistes des Play-Offs la saison dernière, les Provençaux avaient déjà posé quelques balises. En repartant cette année avec un effectif allongé mais peu remanié, le MVB voulait profiter de ce petit temps d’avance. «On a gardé la même ossature que l’année dernière. Je ne suis donc pas surpris parce qu’on savait qu’on avait un groupe performant, très solidaire sur et en dehors du terrain. Ça se ressent clairement, c’est une bande de potes qui jouent les uns pour les autres, il n’y a pas de gestes d’humeur. C’est très sain comme collectif. On s’attendait à être dans les trois premiers, à faire une belle saison. Cette année, c’est un championnat très homogène. Il n’y a pas de «gros» comme Cannes ou Ajaccio. On sait que cette année, il y a un coup à faire», admet l’ancien de la bande martégale.
Et la troupe de Ricardo Martinez s’y attèle avec confiance et application, ajoutant semaine après semaine quelques graines de certitude dans le sablier. Avec un roster à 12 joueurs, Martigues colle au projet, sur un championnat 2025-2026 au long cours qui appelle intensité et constance tous les week-ends. «C’est la première année où l’on a douze joueurs qui peuvent jouer», convient Emmanuel, arrivé au club en 2021. «On doit encore travailler un peu le fonds de jeu en réception, où on est encore un peu irrégulier. Après, ce qui me plaît dans cette équipe-là, c’est qu’on fait plaisir à voir jouer. On est une équipe qui se bat, qui défend, de temps en temps spectaculaire, qui prend des risques, qui ne lâche jamais aussi. On est toujours assez serein jusqu’au bout du set pour se dire : «Si on ne lâche pas, ça va tourner pour nous». On l’a vu contre Cambrai qui nous a malmenés le week-end dernier mais où on a su être patient pour aller chercher le tie-break (3-2).»
Tout cela forcément donne des idées et rappelle à la salle un public en nombre les soirs de match. «Cette année, on a du monde dans la salle. C’est la première saison où je vois autant de monde ici ! La salle est pleine, la buvette tourne super bien. Le président fait un taf incroyable et essaie de professionnaliser le club à fond. Il y a un gros engouement», raconte le champion d’Europe U19 en 2009. Et la montée en Marmara SpikeLigue dans tout cela ? L’idée n’est pas saugrenue et l’évoquer n’est pas un gros mot non plus. «On commence à en parler un peu», avoue le Varois. «Mais ça ne nous met pas spécialement plus de pression que cela, il n’y a pas d’emballement. On sait que c’est encore long, que les matches sont difficiles tous les week-ends. D’autant que maintenant, on est attendu. Il faut battre Martigues ! Mais on a du répondant et on aime ça.»
En tout cas, Emmanuel vit cela entre sagesse et ambition. A 38 ans, replacé sur un poste de libéro depuis sa dernière saison ajaccienne (2020-2021) qui sollicite moins son physique et ses genoux, l’ancien international se sent bien et confesse que son approche des choses et de son sport a beaucoup changé ces dernières années. «J’appréhende cela très différemment de quand j’avais entre 20 et 30 ans. J’ai une approche moins personnelle, j’essaye de donner des conseils aux jeunes, mettre un peu de stabilité, rassurer tout le monde, quitte à me mettre en retrait parfois. C’est une approche plus collective, plus réfléchie qu’avant», confesse le capitaine des Avatiques cette saison, un rôle qu’il n’avait jamais tenu auparavant dans sa carrière !
Et même s’il avoue «faire un peu moins la différence qu’il y a dix ans», ses qualités de réceptionneur n’ont pas pris une ride et dans son rôle de libéro, Emmanuel reste une force de la LBM dans ce registre, avec 66% de réceptions positives. «Je ne saute plus, du coup, je n’ai plus mal partout», sourit-il. Au point d’envisager une saison de plus l’année prochaine, en Marmara SpikeLigue ? «C’est la question», glisse-t-il. «Que ce soit en MSL ou en Ligue B, je n’ai pas la réponse à 100% encore.» En attendant Martigues et son libéro avancent vite et jusqu’ici, l’aventure est plutôt belle.
