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ligue nationale
de volley

«Ça nous passe complètement à côté»

le 08/01/2026
Arrivé à Mulhouse à l’intersaison, le coach André Sá réalise une première moitié d’exercice parfaite à la tête d’un VMA qui surfe sur dix-neuf succès de suite, toutes compétitions confondues. Pourtant, le technicien portugais n’y prête aucune attention et œuvre d’abord chaque jour au développement de son équipe.
lnv

Mulhouse est invaincu depuis le début de la saison, cumule19 victoires de suite dont 14 en Saforelle Power 6. Cela vous inspire quoi ?

Notre focus, c’est la façon dont on travaille. On ne regarde pas combien de victoires on a, combien de points d'avance on a. Notre objectif, chaque semaine, chaque jour, à chaque entraînement, c'est de trouver les moyens pour développer l'équipe. Le développement individuel des joueuses, le développement collectif, sur le terrain, en dehors du terrain. C’est cela notre valeur, notre philosophie. C'est ça qui est le plus important pour nous. Regarder combien de points d’avance on a ne sert à rien, ça ne nous apporte rien pour le futur. La formule du championnat cette année a changé. La première place de la saison régulière ne donne pas la qualification pour la Ligue des Champions. En Coupe de France ou en Coupe d'Europe, c'est un peu différent parce qu'il y a des conséquences directes à nos résultats. En championnat, on travaille pour le développement de l'équipe et la série d'invincibilité, honnêtement, ça nous passe complètement à côté.

Mais c’est tout de même une série rare, tous sports collectifs confondus ! Ça ne crée pas une dynamique, un état d’esprit particulier dans votre équipe ?

Beaucoup de gens autour de nous, la presse, parlent de cela, de ces 19 victoires consécutives, mais nous, en interne, on n’en parle pas. Je ne veux pas parler de ça. Je ne veux pas que les filles orientent leur travail par rapport à cela, parce que c'est complètement contre les valeurs qu'on met en place. On doit accepter que la victoire et la défaite fassent partie de notre sport. On respecte tous nos adversaires, on travaille dur tous les jours, et l’on cherche constamment l'excellence dans notre travail. Mais ce n’est pas parce qu'on veut rester invaincus. Si cela arrive, ce n’est qu’une conséquence, mais jamais le but principal.

Vous ne craigniez donc pas la première défaite ?

Mais pas du tout ! On a une philosophie dans notre équipe : quand le match se termine, on tourne la page et on se concentre tout de suite sur la mission suivante. Peu importe le résultat. A la fin de chaque match, on ferme le chapitre. On ne laisse pas la dynamique nous impacter. On va sur le prochain. Notre objectif, c’est notre qualité de travail.

Qu’est-ce qui fait la force de ce VMA version André Sá ?

La recherche constante du développement. On a mis un objectif dans le staff, qui est de challenger les filles à tous les instants. Sur le développement personnel, sur les choses qu'elles contrôlent. Pas sur celles qu’elles ne contrôlent pas. Ça, c'est la musique, comme on dit. Mais sur des choses qu'elles contrôlent, nous sommes toujours derrière à les pousser de façon positive. Elles ont toujours ce sentiment : «Je dois travailler pour atteindre». Le travail est toujours présent.

Passer de Vandoeuvre Nancy à Mulhouse est aussi un joli challenge à titre personnel ?

Le contexte est un peu différent. À Mulhouse, j'ai un collectif plus complet qu'à Nancy, plus large aussi. Ça me permet de travailler un peu de façon différente. Je peux avoir deux, trois systèmes de jeu qui n'étaient pas possibles à Nancy, parce que je n'avais pas la même profondeur d’effectif. Après, les valeurs et la philosophie de travail sont les mêmes. Elles me sont propres, c'est ma façon d'être, c'est ma personnalité, ça ne change pas. Le premier jour de travail avec les filles, j’ai présenté mes idées. Je leur ai expliqué : on peut avoir de l'argent, le perdre, le regagner. Mais il y a une chose qu'on ne récupère pas, c'est le temps. Donc il faut bien utiliser notre temps. A l'entraînement, nous dépensons le temps qu'on ne récupère plus. Donc, tous ce temps dépensé doit nous servir à quelque chose dans le futur. Ça demande un engagement à 100%. Pas pour l'entraîneur, pas pour le club, mais pour se respecter soi-même.

Le fait d’arriver avec quatre joueuses qui étaient avec vous au VNVB la saison passée, de retrouver Katelyn Evans que vous aviez aussi coachée à Nancy (2023-2024), a-t-il facilité les choses ?

Forcément, pour l'entraîneur, c'est beaucoup plus simple de mettre en place des choses. Les autres filles, celles qui n'ont pas l'habitude, qui n'ont pas la connaissance, vont suivre celles qui connaissent le fonctionnement. Cela permet d’aller plus vite dans la mise en place. Mais d’un autre côté, l'entraîneur doit aussi trouver une nouvelle façon de faire pour motiver les filles qui connaissent déjà le travail : «Ah oui, il est en train d'expliquer ça, mais on connaît déjà !» On doit trouver l'équilibre entre apporter de nouvelles choses aux filles qui connaissent déjà le système et faire adhérer les autres. Se réinventer un peu finalement.

Vous jouez ce jeudi soir votre huitième de finale aller de CEV Cup à Békéscsaba en Hongrie. Comment situez-vous cette aventure européenne dans la saison du VMA ?

Je ne cible pas d’objectif sur des choses que je ne contrôle pas. Donc, je ne peux pas dire que notre objectif, c'est gagner, parce que je ne contrôle pas ça. En revanche, notre objectif, c'est de faire du mieux possible pour gagner. On ne cible pas des objectifs de demi-finales, de quarts-finale, de finale. Mais on veut être performant à chaque match, ça oui. Et si nous sommes performants, nous sommes plus proches d'une victoire (sourire).

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